L'agriculture, le génie et l'Angleterre. Partie 1 : Introduction général
L'agriculture en Angleterre a subi d'énormes changements au cours des dernières années. En effet, les maladies animales qui ont amené l'abattage massif d'animaux et les pressions des groupes favorisant des modifications des pratiques agricoles pour améliorer le bien-être animal ont ébranlé la structure agricole et forcé celle-ci à se métamorphoser. De plus, un engouement pour l'agriculture biologique (" organic ") a accéléré cette métamorphose. Mais, le ton a été vraiment donné, voilà de cela quelques mois, lorsque le ministère de l'agriculture a changé d'appellation afin d'inclure dorénavant la notion d'environnement et de ruralité.
La production agricole est différente de celle du Québec. Les bâtiments d'élevage sont généralement à ventilation naturelle et plusieurs producteurs élèvent les animaux à l'extérieur, que ce soit par exemple pour le mouton ou le porc. Il n'y a pas beaucoup de " méga-ferme " dans le pays. Le secteur agricole est vu par le gouvernement comme un secteur ayant un fort potentiel de réduction d'émission de gaz à effet de serre. De plus, l'Angleterre veut réduire sa dépendance face à l'énergie nucléaire et les déjections animales sont également perçues comme un potentiel de production d'énergie.
L'ingénieur agricole évoluant dans un secteur de recherche et de développement, sera confronté à des problèmes reliés aux émissions d'odeurs, de gaz à effet de serre, de génération d'énergie, aux sols, aux bassins versants et au transport d'animaux (bien-être). Également, de façon marginale, certains œuvrent dans des contextes moins traditionnels tels les senseurs (biologiques et chimiques) et le domaine biomédical. Ces derniers secteurs marginaux devraient prendre de plus en plus d'expansion. Mais dans l'ensemble du secteur de la recherche et du développement, l'utilisation massive de modèle est prônée pour réduire les expérimentations avec les animaux ou aux champs. D'un autre côté, compte tenu du contexte, l'intervention de l'ingénieur en pratique privée est assez limité amenant celui-ci à étudier la ferme comme étant un système complet (ferme organique) et non juste un ensemble de pièces indépendantes. Donc, en général sa formation agronomique doit être assez forte. Cependant, plusieurs ingénieurs ont une expertise importante de l'effet des vents sur les structures.
Donc, dans ce contexte où l'agriculture ne se trouve plus en premier plan et que le dynamisme des filières est menotté, la pratique du génie agricole est en profonde mutation. Celle-ci apportera une nouvelle façon d'intervenir à la ferme obligeant par exemple une étude exhaustive de l'effet d'une modification sur l'ensemble de l'activité à la ferme. Cette mutation modifiera également le rôle de l'ingénieur et l'amènera peut-être aussi à étudier de façon plus prononcée l'intégration de la ferme en milieu rural. Maintenant, il reste à savoir comment notre profession au Québec vivra les changements des prochaines années…peut-être que le colloque du 21 mars répondra à nos questions????
Ne manquer pas le prochain texte sur l'agriculture en Angleterre qui fera le portrait de l'ensemble du secteur.
Stéphane Godbout , ing.
Président AIAQ.
Chercheur invité, Silsoe Research Institute, Silsoe, UK